Pooooortooooo !!!!!!

PORTUGAL DU NORD

Nos pistes s’étirent de Porto jusqu’à la frontière espagnole, de l’altitude zéro mètre, là où nous avons trempé nos pieds secs de continentaux, à 1545 mètres où nous avons trempé nos têtes froides de continentaux au soleil  méridional puissant.

 

Descendus du ciel à Porto nous avons embarqué à bord de nos 3 véhicules qui ont suivi, en le remontant, les rives escarpées du fleuve Douro qui s’ouvre en aval en un estuaire spectaculaire et escarpé entre les villes de Porto et Vila Nova de Gaia avant de se jeter dans l’océan atlantique.

Les villages, de densité moyenne, suivent les méandres du fleuve, leurs maisons colorées empilées dans des équilibres qui semblent plus empiriques que savants. Déjà la présence de l’eucalyptus est omniprésente. Importé d’Australie, il a trouvé ici un climat qui le conforte et lui donne vigueur.

Un restaurant ou plutôt une cantine au bord du fleuve nous permet d’apaiser notre faim pour une somme modique. Nous reprenons la route très sinueuse et arrivons au lieu de notre hébergement, l’auberge de la jeunesse de Mondim de Basto proche de la Serra de Alvão et la ville de Vila Real.

Les chambres sont spacieuses mais la cuisine semble un peu étriquée de par sa surface et son équipement. Nous ferons succinct, avec efficacité et inventivité. Une grande terrasse sur le toit à l’arrière du bâtiment nous donne de l’aise et nous permet de tous nous retrouver, échanger et communiquer. Ce sera le quartier général du groupe chaque soir !

 

Lundi 14 mai

En route vers la Serra de Alvão. Plus nous montons, plus le ciel se fait gris et prégnant. Nous avons rendez-vous avec Henrique qui nous attend au bord d’une route qui disparaît dans le brouillard, épais et froid. Il fait à peine 8°C ! C’est donc cela le Portugal ? Cela se comprend : nous sommes à 1000m d’altitude. Il nous conduit au village voisin de Lamas de Olo. Des maisons trapues, costaudes, véritables extensions du massif granitique, apparaissent et s’évanouissent, diffuses. Quelques hommes et femmes y passent, emmitouflés, pressés. Combien sont-ils à vivent ici, loin de tout, presque du temps et du changement, dans un espace incertain ? Seront-ils suivis par une jeunesse convaincue de la nécessité de rester ici dans le dédale des rues serrées ?

Henrique est un passionné qui nous parle avec tendresse et amour des lieux, de l’entreprise de protection des grenouilles, de l’irrigation, des liens subtils entre l’activité humaine et l’écosystème local qui permettent à certaines espèces de se maintenir ou prospérer. Tout cela est menacé par l’expansion humaine – construction de routes – ou encore l’exode rural. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous quittons Henrique, touchés par son attention et sa connaissance stupéfiante de notre langue dans tous les domaines, ordinaire et scientifique. Et quand les mots faisaient défaut, le latin suffisait (facile !!) à retrouver le nom des plantes ou des animaux.

Des kilomètres de descente sinueuse dénouent l’écheveau de la grisaille. Le soleil renaît à Braga, ville antique romaine qui est maintenant la troisième ville du pays après Lisbonne et Porto. Yorik, notre jeune guide franco-lusitanien nous fait traverser la ville antique dont la trace du mur d’enceinte apparaît dans la morphologie du quartier. Églises, tours de garde, édifices religieux, places nous sont montrés, expliqués. Au loin, sur un flanc de colline, s’élève la construction imposante du sanctuaire de Bom Jésus, remarquable par ses escaliers monumentaux de 575 marches !

La faim nous tenaille. Première rencontre mémorable avec la francesinha : roborative concoction de jambon, pain, œuf et steak, le tout enrobé de fromage fondu et noyé sous une sauce piquante (excusez du peu !). Estomacs fragiles, s’abstenir ! Certains y sont revenus plus tard. Goût du risque ? Near Death Experience ?

Mardi 15 mai

Attention ! Lisez bien : Reserva Paisagem Protegida Regional do Litoral do Vila Do Conde. C’est un seul lieu. Étonnant, non ?

Rêve de continentaux aux pieds secs et têtes froides : rivage océanique ; golfes clairs et argentés ; plage sablonneuse déserte ; vagues écumantes sous le soleil … exactement ! C’est décidé, il fait bon et chaud. Mais venté !

Un représentant de la ville de Vila Do Conde et trois guides, botanistes et anglophones à la fois, nous mènent à la découverte du milieu de zone côtière. Un parcours sur ponton nous fait traverser la réserve. A droite, les dunes en mouvement, fixées par un système de ganivelles (piquets plantés, reliés entre eux par du fil métallique) et où, déjà quelques plantes coriaces et frugales se sont accrochées dans un milieu aride, pauvre en nutriments, chaud et soumis au vent et au sable emporté.

 

A notre gauche, les dunes fixées, bien végétalisées et d’où ne dépasse que l’extrémité des ganivelles. Encore plus loin s’étend une zone boisée où se côtoient pins, eucalyptus, graminées, orties, etc. dont la frontière est délimitée de façon abrupte et verticale par les constructions d’habitations qui sont venues se précipiter là, butant contre le parc.

Ce milieu, bien que protégé, est aux prises avec certaines plantes invasives telle que le pourpier et le prédateur majeur de notre planète : l’homme. Il faut donc le contrôler, le préserver contre les pressions intempestives de la spéculation immobilière ainsi que de l’ignorance ou encore l’indifférence du public et des riverains qui oublient qu’il ne s’agit pas d’une décharge ou une poubelle à ciel ouvert…

Temps de midi et de méridienne. L’eau crée le baigneur. Une tête (froide) dans l’océan (froid quand même) ne se refuse pas ou, pour les frileux, plus nombreux, les pieds (secs). Après l’effort, le réconfort !

Le temps passe, calmement, comme un été de vacances. Hélas ! Trois fois hélas ! Il faut se lever, s’ébrouer, s’étirer, se désensabler.

Le Parque Do Litoral Norte est notre destination post-méridienne, zone humide d’un estuaire du fleuve côtier Cávado, pris en tenaille entre l’industrialisation de sa rive droite et l’urbanisation d’un certain luxe, parfois d’un luxe certain, sur sa rive gauche. Les propriétés se dissimulent derrière des murs, des palissades opaques. Il semble assaillie, en sursit, presque en abandon soit par faute de moyens financiers soit par désintérêt politique et public. Les personnes croisées sont des joggers et non des visiteurs.

Ici, la visite est en autonomie. Pas de guide. II est (vaguement) remplacé par des panneaux d’information vieillissants, quelque peu décolorés. Nous déambulons sur un ponton alors que la marée montante envahit l’estran (zone régulièrement recouverte par la marée) et à notre grande surprise la partie herbeuse. Le coefficient de marée doit être fort. Nous ne pouvons donc voir la vasière riche de vie marine.

Toute cette zone est une niche écologique de grande importance, qui permet, notamment à la faune, de nicher, se reproduire et se développer et par la suite, coloniser le milieu marin fournissant ainsi une abondance, une variété ainsi qu’une stabilité de population.

Nos pas nous mènent enfin à la plage alors vide, balayée par le vent. Et nous retournons à la ville d’Orfi non sans avoir pu constater les efforts de consolidation du rivage soumis à la sape incessante du ressac. D’énormes brises lames de toile, remplis de sable ont été disposés afin de protéger les habitations et les structures riveraines menacées telles que les hôtels, les restaurants. Le réchauffement climatique est ici, visiblement à l’œuvre, menaçant les intérêts économiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 16 mai

Parque Nacional da Serra da Peneda Gerês Reserva biosfera transfronteiriza au Portugal et Gerês-Xurés en Espagne. En effet, ce parc, créé en 1971 d’une superficie de 72000ha, possède la particularité de se trouver à cheval sur les deux pays. Nous avons donc effectué un saut de puce ibérique avant de retourner dans la partie lusitanienne où résident 11000 habitants.

Là, la faune abonde : loup ibérique, aigle, renard, vipère noire, loutre, salamandre, bouquetin d’Espagne, etc. Mais la flore n’est pas en reste : genêt, bruyère, chêne liège, chêne, etc.

Nos deux guides, Isabelle et Sonia de l’association de gestion du parc ADERE, nous ont menés d’abord à l’une des 5 «portes» du parc qui correspondent aux 5 municipalités qui le constituent : Melgaço, Arco de Valdevez, Ponte de Barca, Terra de Buro, Montalegre, chacune identifiée par un trait spécifique marquant. A la sortie, un tumulus vieux de plus de 5000 ans et ailleurs des gravures rupestres nombreuses témoignent de l’occupation très ancienne des lieux.

La descente est sinueuse à souhait mais offre des panoramas, des points de vue époustouflants où les stigmates des incendies dramatiques de 2017 sont encore visibles.

Surprise offerte par nos guides : une halte à la station de prévention et de lutte contre les incendies de forêt. Une équipe nous attend et nous montre fièrement leur équipement avec raison. Leur tâche quotidienne est vitale.

 

 

 

 

Nous nous sommes rendus ensuite au village de Soajo aux ruelles étroites bordées de maison basses et robustes aux pierres taillées dans le granit local aux cristaux scintillants.

Sur un éperon granitique sont perchés les «espigueiros», greniers à maïs traditionnels en pierre surmontés d’une croix qui les font passer aisément pour des tombes. Remarquez les pierre plates horizontales à leur base qui empêchent l’intrusion des rongeurs.

La journée fut longue mais riche grâce à la variété et la beauté des lieux visités. On croit y trouver une sorte de nature préservée, vivante et saine où l’homme y est encore un élément inclus, même si l’on sait pertinemment que la nature au sens strict du terme est extrêmement rare sur notre terre. Ici la terre semble vivre, respirer.

Jeudi 16 mai

Porto, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est une mosaïque de bâtiments multicolores en équilibre les uns contre et sur les autres.

Nous garons nos véhicules près de la Praça da Libertade et voyageons désormais à pied sous une chaleur plus que confortable : 28,5°C !

Passage au restaurant pour satisfaire pépie et fringale. Visite de la gare de São Bento aux ajuleros spectaculaires retraçant les faits et gestes des grands du Portugal et des événement majeurs de l’histoire du pays. Une œuvre d’art dans un lieu prosaïque. Passage à la Sé, la cathédrale sobre juchée sur une éminence qui surplombe le fleuve Douro. Nous avançons jusqu’au pont Dom Luiz I conçu et bâti par Théophile Seyrig, disciple de Gustave Eiffel dans le style riveté que tout le monde connaît dans l’architecture de la tour éponyme à Paris. Quelques uns ressentent les frissons du vertige à la vue du vide qui nous sépare des eaux bleues du Douro à quelques 75m plus bas, accentué encore par les tressaillements provoqués par le tram qui rejoint la ville Vila Nova de Gaia sur la rive opposée.

Enfin, le quartier libre est annoncé ! Les élèves s’égayent dans les rues de la ville multicolore.

Nous nous retrouvons à 20h00 pour le dernier repas portugais où réapparaît la francesinha. Preuve qu’elle marque les esprits et les estomacs !

Dernière balade sur le pont Dom Luiz I en pleine nuit. Plus bas, le quartier de Ribeira est illuminé tandis que les collines à l’entour scintillent des éclairages des monuments et des rues. Au-dessus de nous, le ciel est encore plus vaste et encore plus scintillant.

Il nous faut partir en direction de l’aéroport où notre attente se fait lentement et calmement. L’ambiance est presque feutrée car l’éclairage est minime, les voyageurs sont rares ou endormis inconfortablement sur des fauteuils étroits et durs.

4h00 ! Enregistrement des bagages. Passage aux contrôles de sécurité et des douanes. Notre avion décolle à 6h00 vers le nord est, vers Mulhouse.

Décollage et atterrissage parfaits. Le bus nous ramène à Besançon. Arrivée vers 12h40 au lycée.

Et voilà !

VOYAGE, VOYAGE !!!

Voyage enrichissant par la diversité des lieux visités et vus : villes, plages, marécages, bocages, jardins, plaines, champs, vignobles, prés, forêts, montagnes. Voyage intéressant par les personnes rencontrées : Henrique, Isabelle, Sonia, Yorik, … toutes extrêmement accueillantes, bienveillantes et passionnées par leur travail qui ressemble plus à un engagement. Voyage dépaysant car la nature, le climat, l’architecture, les habitants, la langue nous mettent face à nos différences, sans cependant les déprécier ou les critiquer. Voyage beau car il nous a émerveillé par les surprises, nous a permis de se sentir bien dans ces différences et nous a permis de faire des rêves – j’en suis sûr pour certains d’entre nous – de revenir «y voir de plus près», d’y séjourner plus longtemps et d’approfondir et confirmer les bonnes sensations glanées au fil des ces quelques jours, bien trop courts. Voyage formateur par la connaissance apportée des milieux, de la faune, de la flore, du pays.

Voyage à l’intérieur de soi pour avoir vécu ensemble pendant ces jours d’école sans école qui créent une relation différente, une entente. Tout cela fabrique du bonheur …

Voyage voyage (Desireless)

Au-dessus des vieux volcans
Glissent des ailes sous le tapis du vent
Voyage voyage
Éternellement
De nuages en marécages
De vent d´Espagne en pluie d´équateur
Voyage voyage
Vol dans les hauteurs
Au-d´ssus des capitales
Des idées fatales
Regarde l´océan

Voyage voyage
Plus loin que la nuit et le jour (voyage voyage)
Voyage (voyage)
Dans l´espace inouï de l´amour
Voyage voyage
Sur l´eau sacrée d’un fleuve indien (voyage voyage)
Voyage (voyage)
Et jamais ne reviens

Sur le Gange ou l´Amazone
Chez les blacks chez les sikhs chez les jaunes
Voyage voyage
Dans tout le royaume
Sur les dunes du Sahara

Des îles Fiji au Fuji-Yama
Voyage voyage
Ne t’arrête pas
Au-d´ssus des barbelés
Des cœurs bombardés
Regarde l´océan

Voyage voyage
Plus loin que la nuit et le jour (voyage voyage)
Voyage (voyage)
Dans l´espace inouï de l´amour
Voyage voyage
Sur l´eau sacrée d´un fleuve indien (voyage voyage)
Voyage (voyage)
Et jamais ne reviens

Au-d´ssus des capitales
Des idées fatales
Regarde l´océan
Voyage voyage
Plus loin que nuit et le jour (voyage voyage)
Voyage (voyage)
Dans l´espace inouï de l´amour
Voyage voyage
Sur l´eau sacrée d´un fleuve indien (voyage voyage)
Voyage (voyage)
Et jamais ne reviens

 

 

 

 

 

 

 

 

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